Reconnaître Hegel

Conférence de Jean-François Aenishanshlin, Mercredi 22 avril à 20h00.

Le Groupe vaudois de philosophie s’est récemment intéressé au masque mortuaire de Hegel. Censé conserver l’aspect de son dernier visage, ce n’est qu’une masse épaisse et lourde, abandonnée par l’esprit. Vivant, Hegel a cependant posé pour quelques grands peintres, légant à la postérité une image sévère de lui, presque aussi austère que la Science de la logique. C’est pourtant sur un tout autre portrait, simple esquisse saisie sur le vif, qu’il écrivit : « Il nous faut reconnaître / Ce que nous connaissons. / Qui me connaît / Ici me reconnaîtra. » Est-il cependant possible de reconnaître Hegel dans le premier livre qu’il publia ? Certes, l’histoire est connue. De retour en Allemagne après un séjour de trois ans en Suisse en tant que précepteur, il décida de donner à la presse sa traduction des Lettres de Jean-Jacques Cart à Bernard de Muralt. Paru à Paris en 1793, aux éditions du Cercle social, ce libelle dénonçait l’oppression que les autorités de Berne exerçaient à l’encontre du pays de Vaud. Leur auteur avait dû s’exiler en France après avoir commémoré publiquement le deuxième anniversaire de la prise de la Bastille.Il s’attachait depuis son exil à maintenir vive la flamme révolutionnaire en s’adressant publiquement au représentant des autorités bernoises. C’est ce pamphlet que traduisit Hegel, vraisemblablement pendant son séjour en Suisse. De retour en Allemagne, il le publia en 1798, sous le couvert d’un anonymat qu’il ne leva jamais. Aussi ce texte a-t-il un statut particulier dans son œuvre, non seulement parce qu’il s’agit d’une traduction, mais aussi parce que celle-ci n’est pas signée. Cette première publication exige dès lors une lecture en quelque sorte dédoublée et pour ainsi dire duplice : comme si, en effet, il nous fallait reconnaître ce que nous connaissons pourtant. C’est à cette tâche qu’on s’essaiera.

Mercredi 22 avril 2026, Libraire de la Louve, Place de la Louve 3, Lausanne