Penser avec et après Karl Marx

4-5-6 mai 2018 - Maison de quartier sous gare - Lausanne

MARX2018 à la radio
• lundi 30, La Matinale 5h - 6h30 sur la Première, avec Hugues Poltier
• jeudi 3 mai Versus-penser sur Espace2 (9h à 10h) avec Bernard Friot
• vendredi Versus-penser sur Espace2 (9h à 10h) avec Jacques Mascotto

Le Groupe Vaudois de Philosophie consacre un événement important au deux-centième anniversaire de la naissance de Karl Marx en 2018. Au centre de ces trois jours se trouve la question de la pertinence de la pensée marxienne pour aborder les problèmes des sociétés actuelles  : d’une part, dans quelle mesure la pensée de Marx peut-elle fournir une grille d’analyse pour comprendre des sociétés très éloignées de celles que son auteur a connues, d’autre part, cette pensée peut-elle donner des pistes pour changer les sociétés actuelles et résoudre les problèmes que celles-ci posent  ?

Dès lors, les différents ateliers seront structurés par deux pôles en interaction  : la pensée de Marx et les sociétés actuelles. Pour ce qui concerne la pensée de Marx, trois aspects seront particulièrement mis en avant  : d’abord la critique de la valeur, autour des flux d’argent et de marchandises, ensuite la lutte des classes, ou plus généralement les forces collectives en œuvre dans la société, enfin le rôle du sujet individuel comme corps souffrant accomplissant le travail concret. Pour les sociétés actuelles, nous allons aborder les grands thèmes suivants  : quelles sont les particularités et les transformations intrinsèques du capitalisme actuel, le capitalisme doit-il être réformé ou dépassé pour répondre au défis actuels et futurs, quelle est la réalité des forces militantes aujourd’hui, capables de produire un tel changement ?

Tous les ateliers auront lieu à la Maison de Quartier Sous-gare à Lausanne et s’adressent à un public large de non-spécialistes. Il ne s’agit donc pas d’un colloque universitaire mais d’une initiative qui vise à impliquer la société civile dans une réflexion concrète à partir de la pensée de Marx.

18/04/2018
Publication de l'affiche.

20/03/2018
Publication du programme.

30/11/2017
Publication du site web.

ven 4 mai

20h30 Marx aujourd'hui: quel salariat, quel communisme? Bernard Friot Professeur émérite de sociologie, Université Paris Nanterre Traitées par Marx au 19e siècle, les questions clés de la survaleur et de l’appropriation capitaliste continuent de se poser aujourd'hui. Parmi les institutions sociales développées par les résistances au capitalisme depuis plus d'un siècle figure le salariat, à partir duquel une sortie du capitalisme vers le communisme peut être envisagée. Basé sur la qualification, le salaire à vie permet de repenser l’organisation du travail sur la base de la propriété d'usage des entreprises par les salariés et d’un mode d’investissement libéré du crédit et de la dette.

sam 5 mai

9h30 Introduction à l'œuvre de Marx Hugues Poltier MER en philosophie politique, Université de Lausanne

10h00 Marx et le capitalisme contemporain Michel Freitag et Karl Marx sur la nation et le capitalisme contemporain Jacques Mascotto Sociologue québécois, professeur associé après avoir enseigné au département de sociologie de l'Université du Québec à Montréal de 1975 à 2007 La société moderne s’est développée sous les auspices du capitalisme, de l’État et de la nation. Si les deux premiers furent d’emblée saisis par la théorie, la dernière n’entra jamais dans la théorie politique et économique moderne. Vis-à-vis de l’État, ou du mode de production (et autres rapports sociaux de production), la théorie a toujours présenté la nation comme « fond de socialité archaïque dont les deux autres procès devaient justement s’abstraire ou s’extraire pour se développer » (Michel Freitag). Prise dans le prisme de la théorie, la nation a fait figure de « couleur locale », scène particulière où se jouait une histoire qui s’accomplissait ailleurs sur d’autres plans.
Société libérale des individus libres et émancipés d’un côté, communauté traditionnelle (Gemeinschaft) de l’autre, ont formé, dès le départ, le verrou du schème d’exclusion de la nation comme objet de pensée. Si Karl Marx ne s’est pas préoccupé de théoriser la nation (même s’il s’est souvent montré attentif aux mouvements de libération nationale en tant que leviers, étapes de la révolution socialiste), il a développé en revanche une théorie de la praxis et une critique de l’économie politique, en l’occurrence, une apocalypse du capital (notamment à partir des concepts d’aliénation, d’expropriation, de dépossession) qui nous permettent de formuler une théorie de la nation comme praxis de l’espace, espace de la praxis, mode d’inscription de l’humain dans le monde.
La nation est un mode historique du Nomos, une détermination d'espaces et de lieux, un territoire délimité (Ethos), susceptible de recevoir la justice en tant que distribution- restitution de parts. En cela la nation, comme praxis de l'Ethos et du Nomos, s'oppose à la spatialité abstraite et meurtrière du capital dont la logique d'expansion suppose son auto-spatialisation. Nous n'avons plus affaire à une domination politique mais à un attentat ontologique, tel qu'il s'exprime dans l'auto-spatialisation du capital qui tend constamment à dépouiller l'existence humaine de son désir et de sa capacité de créer des formes, de produire l'espace des rapports sociaux et intersubjectifs, condition sine qua non de la reproduction des sociétés.
Le rôle de la Chine dans la nouvelle division internationale du travail Antoine Kernen MER à la Faculté de SSP, Institut des sciences sociales (ISS) Une nouvelle division internationale du travail s’est mise en place depuis l’émergence de la Chine comme lieu de production majeur de produits manufacturés. Pour y arriver et maintenir sa compétitivité au niveau international, la Chine s’est appuyée sur le faible coût de la main d’œuvre issue de l’exode rural massif qu’elle a connu depuis les années 1980, qui s’est encore renforcé à partir des années 2000. Le faible coût du travail de cette nouvelle frange du prolétariat a pu être maintenu grâce à un système de permis de résidence différentié entre population urbaine et population rurale ou d’origine rurale. Aujourd’hui, la poursuite de la croissance chinoise s’articule avec l’internationalisation de l’économie chinoise. Différentes initiatives du pouvoir chinois comme celle des « nouvelles routes de la soie »  tendent à accréditer la thèse que les investissements productifs chinois effectués dans le monde ont pour but de faciliter l’approvisionnement en matières premières et d’exporter davantage de produits manufacturés à travers le monde. Il convient toutefois de complexifier cette lecture de l’internationalisation des entreprises chinoises au regard de la concurrence qui existe entre elles.

14h00 Le travailleur dans la production de valeur aujourd'hui Le travail entre aliénation et émancipation Christophe Dejours Psychiatre et psychanalyste, professeur au Conservatoire National des Arts et Métiers, Paris (chaire Psychanalyse-Santé-Travail) Depuis les Manuscrits de 1844 nombre d'auteurs se sont efforcés d'approfondir la notion d'aliénation du - et par le - travail. Les grandes enquêtes ouvrières publiées au XIXème siècle en donnaient une description circonstanciée. Deux siècles plus tard, l'accroissement des pathologies mentales liées au travail suggère de renouveler l'analyse de l'aliénation. Des travaux cliniques et théoriques sont venus l'enrichir. Mais l'insistance sur l'aliénation depuis deux siècles a fait passer au second plan la place qui pourrait revenir au travail dans le procès d'émancipation; non seulement au plan individuel, mais au plan collectif. Les recherches cliniques de ces dernières années ont permis de mettre au jour les conditions de possibilité de la coopération dans le travail ordinaire. Et dans la suite, d'aborder les relations entre coopération et émancipation par le travail. Ces nouvelles données permettent-elles de penser à nouveaux frais un concept critique de travail ? Où va le travail aujourd'hui : nouvelles recettes dans vieilles casseroles Viviane Gonik Ergonome à la retraite de l'institut universitaire romand de santé au travail L'organisation travail a largement évolué depuis les années 70 requérant entre autre une implication totale des individus au projet de l’entreprise, que ce soit dans les usines, les bureaux, les services et le fonction publique. On retrouve cependant les mêmes mécanismes conduisant à la domination et à la subordination: extorsion des savoirs, individualisation et mise en compétition des salariés. De même la division sexuelle du travail et le fait que les femmes ne soient pas considérées comme des professionnelles, qui fut un des éléments du passage du féodalisme au capitalisme, est toujours présente. La conclusion portera sur une réflexion sur les communs comme une tension entre le désir de liberté des personnes et la captation de ces espaces par le capitalisme.

16h00 Les nouvelles technologies Le capitalisme numérique et ses contradictions Olivier Voirol MER, UNIL, LACCUS Laboratoire Capitalisme, Culture, Sociétés La question du travail non rémunéré (digital labor) effectué dans l’économie numérique ou encore celle des plateformes créatrices de valeur est aujourd’hui dans toutes les bouches. La « révolution numérique » nous a-t-elle fait entrer dans une nouvelle ère du capitalisme? Pour esquisser une réponse à cette question, je reviendrai sur les principaux traits du capitalisme afin de souligner la pertinence du concept de « capitalisme numérique », et la nécessité d’en déceler les contradictions immanentes - qui laissent entrevoir peut-être de possibles issues. Le Capital et ses machines : du métier à tisser à l'algorithme Marc-Antoine Pencolé Doctorant contractuel et professeur agrégé, Sophiapol - Université Paris Nanterre Les automates monstrueux des usines de Manchester semblent bien loin des algorithmes silencieux du XXIème siècle, et pourtant, si Marx n’a certes pas pu anticiper le développement du numérique, Le Capital propose une réflexion très puissante sur les différents rôles que joue la technique dans le déploiement du capital. Nous analyserons ainsi la dimension technique de la socialisation du travail d’une part, et de la production des travailleurs d’autre part, pour mieux comprendre la logique à l’oeuvre dans la numérisation des sociétés.

19h30 Soirée aniversaire festive Repas, lecture de textes de Marx par les membres du groupe de préparation
Concert de Cave Spirit

dim 6 mai

10h00 L'actualité de Marx Qu'est-ce que le capitalisme selon Karl Marx ? Anselm Jappe Professeur d'esthétique à l'Accademia di Belle Arti di Sassari (Italie) Comme tout le monde le sait, Marx a caractérisé le capitalisme comme étant la domination des propriétaires des moyens de production – les capitalistes – sur ceux qui n’ont que leur force de travail à vendre, les prolétaires. La lutte des classes en est le résultat. Mais Marx a également élaboré une autre ligne d’analyse qui voit l’essentiel du capitalisme dans l’existence de la valeur marchande et de la double nature du travail (concret et abstrait), de l’argent, de la marchandise et de son fétichisme. Il s’agit de montrer que cette couche de ses analyses est à même d’expliquer de nombreux phénomènes du monde contemporain. Marx, quelle actualité ? Isabelle Garo Professeure de philosophie en classes préparatoires (lycée Chaptal, Paris), collabore à la GEME (Grande Edition Marx Engels) et à la revue Contretemps L’analyse par Marx des crises capitalistes de son temps ne se résume pas à leur dimension économique. Il en envisage la portée sociale, politique, environnementale et culturelle, qui toutes plongent leurs racines dans les profondeurs du mode de production capitaliste. Cette analyse nous aide-t-elle encore à penser le présent, alors que les crises contemporaines sont bien différentes de celles de la seconde moitié du 19e siècle et alors que la perspective communiste qui fut celle de Marx semble désormais obsolète ? Si l’on s’emploie au réajustement nécessaire de ces analyses, on peut juger que c’est précisément l’axe politique propre à l’approche marxienne qui conditionne aujourd’hui sa pertinence, à l’heure de la crise globale et combinée que nous vivons.

14h00 Quelle militance aujourd'hui pour demain ? Table ronde. Anne-Catherine Ménétrey Ancienne cnseillère nationale Les Verts, ancienne députée POP au Grand Conseil vaudois Pierre Vaneck Membre de Solidarités Genève Audrey Schmid Syndicaliste à UNIA Michel Ducommun Auteur de Rompre avec le capitalisme: utopie ou nécessité ? (L'Harmattan) Aristide Pedraza Secrétaire syndical SUD

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Émission La Matinale 5h-6h30 avec Hugues Poltier (30 avril 2018). Première partie et deuxième partie.